? Marianne est-ce que tu galères ? – Grave. Et toi ? – Pire, comme le dernier des rats morts. ? ?a, c’est l’année que nous avons passée Marianne et moi, en prépa hypokhagne. L’expérience se résume à se saigner les doigts en dissertations et en commentaires de textes trois fois par jour, six jours sur sept. Une fois, après une journée d’ouvrier, Marianne me dit : ? Il y a longtemps que j’y pensais à mes vaches et mes fromages, mais là, je les veux ! ? Depuis qu’elle est entrée au goulag hypokhagne, ma copine pense de plus en plus à ses rêves d’enfant : la ferme, les vaches, le foin, la boue du matin, une vie a la docteur Queen femme médecin dans le Colorado.
Marianne (photo), fille de banlieue, étudiante en prépa littéraire, veut devenir fermière, ou quelque chose comme ?a. Mais comme elle était première de la classe au lycée, pas question d’assouvir sa passion sans tenter les filières d’excellence. Conscience de bonne élève oblige, elle avait commencé une année, elle devait la finir. Tout de même, posons-nous la question : comment une fille qui rêvait de grands espaces et de lait bu à même le pie de la vache a pu s’orienter en prépa ? La faute, sans doute, un peu, au système. On nous dit tellement, à l’école, que les métiers manuels, c’est le mal, que c’est pour les ratés qui vont en BEP, qu’on se sent obligé d’aller à la fac ou dans des trucs qui ne nous plaisent pas, quitte à foncer vers l’échec ou un master d’ethnologie, qui ne permet même pas de travailler au McDo.
En cherchant son petit coin de paradis, voilà qu’elle tombe sur le site d’un lycée agricole, au bourg de Touscayrat (?a se prononce ? tous caillera ?). L’établissement se situe près de Castres, dans le Tarn ; elle, elle habite à Bondy. Ses parents ne sont pas vraiment Charles et Caroline Hingals, aucune attache avec le monde agricole. Quand vous avez toujours été une première de classe et que vous êtes en prépa, allez dire à papa et maman ? je m’en vais jouer à Cathy la petite fermière ?. Le paternel est rédacteur au ministère des affaires étrangères, maman est formatrice en ACL dans les maisons de quartier et la grande s?ur est étudiante en droit. On le voit arriver d’ici le ? pourquoi tu nous fais ?a ? ?.
Heureusement, les choses sont bien faites, ses parents, c’est des bombes ! Marianne expose son projet, et papa, d’un commun accord avec madame, accepte de se rendre à la journée portes ouvertes du lycée. Il pose un jour de congé pour un voyage de huit heures aller-retour, afin de voir où sa fille veut s’exiler. Tout cela lui semble être une histoire sérieuse. Après cette journée, le verdict tombe : ? Va, ma fille, on te suit. ? Si ce n’est pas beau, ?a ! Moi, on m’aurait dit : ? Tu veux faire paysanne ? On va te caser au bled, ?a va être vite fait, tu auras une vache et un mari. ?
Bien s?r, pour en arriver là, Marianne à d? assumer sa décision et se défaire de l’image de b?cheuse qui s’était collée à elle. Ne pas complexer, ne pas culpabiliser : changer de voie n’est pas un crime. Accepter de s’être trompée et avoir le courage d’assouvir ses envies.
Aujourd’hui, son quotidien est fait de cours ordinaire, d’équitation et de stages dans des propriétés agricoles durant l’année scolaire. Elle vit chez un couple de Hollandais, Herman et Carla, à qui elle loue une chambre. Pour Marianne, son parcours atypique est une richesse. Contrairement aux étudiants lambda un peu perdus à la fac, elle est heureuse et en plus, elle mange bio. De banlieusarde à campagnarde, quitte à porter une étiquette, autant l’arborer les
replique
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire